Le Royal Newfoundland Regiment
Le film
Année
1917
Durée
03 min 43 s
Compagnie de production
Topical Film Company
Le Royal Newfoundland Regiment en cantonnement à Berneville, sur le front occidental, le 9 mai 1917.
Un groupe d’officiers du régiment pose pour la caméra, six allongés, au moins onze debout. Il y a parmi eux le commandant, le lieutenant-colonel A L Hadow, et le commandant en second, le lieutenant-colonel J Forbes-Robertson, celui-là même qui a dirigé la contre-attaque de Monchy, durant la bataille d’Arras, le 14 avril 1917. On voit aussi le lieutenant K J Keegan, décoré pour bravoure pendant cette même contre-attaque. Distribution de rations. Un groupe d’hommes décorés après la contre-attaque (sur le plan, les hommes affichent leur grade d’avril 1917; certains d’entre eux ont pris du galon en mai); de gauche à droite, allongés au sol : le soldat F Curran, le caporal J H Hillier, le soldat J Hounsell; debout, de gauche à droite : le caporal A S Rose, le sergent W Pitcher, le lieutenant-colonel J Forbes-Robertson, le lieutenant K J Keegan, les sergents C Parsons et J R Waterfield. Un autre groupe comprenant tous les officiers et hommes du régiment qui ont combattu à Monchy et qui servaient toujours dans l’armée en mai 1917. Le bottier du régiment à l’œuvre. Le régiment tout équipé en marche, probablement à travers Berneville, accompagné de mules, de chariots et des officiers montés.
Un peu d'histoire
La logistique militaire du Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919
Michel Litalien
Historien
La logistique militaire canadienne est un pan occulté de l’histoire du Corps expéditionnaire canadien. Pourtant, dès les premiers jours de l’entrée en guerre du Canada, il était impossible de l’ignorer. Avec l’arrivée massive des volontaires militaires et civils lors du rassemblement à Valcartier, près de Québec, en août 1914, les services de soutien logistique, qui étaient relativement récents, furent rapidement mis à l’épreuve. Habiller et équiper les membres du premier contingent devint un véritable casse-tête. Il fallut trouver les manufacturiers et conclure en toute hâte les contrats de fabrication d’uniformes, de bottes, de ceinturons, d’armes, de véhicules, etc. Du point de vue logistique, la mobilisation du premier contingent à destination de l’Europe fut un cauchemar.
Tout au long de la Première Guerre mondiale, le système de soutien logistique du Corps expéditionnaire fut immense et complexe. De tous les corps de soutien, c’est celui de l’Intendance qui fut le plus diversifié. Parmi les responsabilités principales du Corps de l’Intendance, citons le transport des troupes combattantes, la livraison du matériel et le ravitaillement. En plus de ces tâches essentielles, l’Intendance s’occupait également de l’évacuation des blessés (les chauffeurs d’ambulances appartenaient à ce corps), de la récupération de matériel abandonné ou capturé à l’ennemi et de la livraison du courrier. L’Intendance travaillait en étroite collaboration avec le Corps des Magasins militaires, celui du Corps de Santé et également l’Artillerie pour le transport de matériel spécialisé.
Le Corps de l’Intendance fonctionnait depuis les ports de mer situés à des centaines de kilomètres à l’arrière jusqu’à la ligne de front. Le système de ravitaillement du Corps de l’Intendance permettait d’approvisionner tout aussi bien de petits groupes composés de quelques hommes que des formations de la grandeur d’un bataillon d’infanterie (environ 1000 hommes).
Le ravitaillement des unités au front se déroulait par étapes. À leur arrivée aux ports ou aux dépôts, les provisions étaient d’abord amenées par chemin de fer jusqu’à des terminaux ferroviaires. À partir de ces terminaux, les unités d’Intendance du corps d’armée étaient responsables de les acheminer par transport mécanisé (camions ou trains légers) à des points de ravitaillement. Ces opérations se déroulaient dans la troisième ligne de ravitaillement. En raison de leur taille, ces petits trains pouvaient circuler et accéder plus facilement aux zones situées plus près du front. Il était également plus difficile pour l’artillerie ennemie de les repérer. La zone administrative arrière était littéralement tapissée d’un véritable réseau de chemins de fer légers dont la construction et l’entretien étaient effectués par les troupes ferroviaires canadiennes.
À partir de ces points de ravitaillement, le train divisionnaire et la colonne divisionnaire de munitions du Corps de l’Intendance, tous deux hippomobiles, étaient responsables d’apporter les approvisionnements encore plus près de la ligne de front, à leur division respective ou aux unités qui la composent. Il s’agissait de la deuxième ligne de ravitaillement.
Enfin, les opérations de ravitaillement des unités au front avaient lieu au sein de la première ligne de ravitaillement. Il incombait à ces unités de venir chercher à l’arrière leurs approvisionnements en outils, munitions, armes, matériel technique, matériel de communication, eau, médicaments et nourriture. Ces expéditions d’approvisionnement s’effectuaient surtout la nuit afin que les soldats ne se fassent pas repérer par l’ennemi. En affectant des soldats à cette tâche, les positions défensives des bataillons au front se retrouvaient dégarnies et vulnérables aux attaques ennemies.
Toutefois, vers la fin de la guerre, un officier canadien originaire de Montréal, proposa l’utilisation du système de portage (tumpline system), une idée inspirée des Autochtones et des coureurs des bois canadiens. Avant l'introduction de ce système, les fantassins ramenaient tous les ravitaillements à bras, ce qui limitait les quantités et les mouvements en raison du poids et du volume. Le système de portage, impliquant l’utilisation d’une courroie frontale, permettait aux soldats d’augmenter leur charge et libérait leurs bras, leur donnant ainsi une plus grande liberté de mouvement. Pouvant désormais emporter plus de ravitaillement par personne, il n’était plus nécessaire d’affecter un aussi grand nombre d’hommes aux tâches de ravitaillement et le bataillon pouvait ainsi compter sur une défensive plus solide.
En plus de fournir régulièrement les chauffeurs et les véhicules à d’autres unités, le Corps de l’Intendance était aussi responsable de l’entretien et de la réparation de ses véhicules. Il voyait également à l’alimentation des troupes. Une autre responsabilité était aussi d’assurer l’allocation et la distribution des denrées fraîches et des vivres conditionnées; ses cuisiniers militaires voyaient au fonctionnement des boulangeries et des boucheries de campagne.
L’Intendance ne fut pas l’unique corps de soutien logistique à jouer un rôle de premier plan au sein du Corps expéditionnaire canadien. Le Corps des Magasins militaires était responsable d’obtenir, d’entreposer et de distribuer en tout temps les quantités suffisantes d’uniformes, de bottes, d’équipements, d’armes, de munitions et d’obus aux troupes combattantes. Des dépôts d’approvisionnement spécialisés, situés dans la deuxième ligne de ravitaillement, assuraient une distribution plus efficace.
L’autre rôle important du Corps des Magasins militaires était d’assurer l’entretien et le maintien de l’efficacité du matériel en campagne. Les armuriers des ateliers mobiles de réparation spécialisés pouvaient se rapprocher davantage des unités déployées et réparer les armes, quelles soient légères ou lourdes, de même que le matériel. Si les ateliers mobiles n’étaient pas capables de réparer sur place, les armes et le matériel étaient alors envoyés vers l’arrière au sein des ateliers lourds ou statiques, où l’on pouvait remonter et remettre presque tout à neuf. Les petits détachements du Corps des Magasins militaires travaillaient de pairs avec les unités du Corps de l’Intendance.
Malgré la mécanisation progressive de la guerre, le cheval demeurait toujours aussi important pour les opérations du Corps expéditionnaire canadien. La cavalerie, l’artillerie et bien sûr l’Intendance l’utilisèrent massivement, jusqu’à la fin de la guerre. À un certain moment, les Canadiens utilisaient jusqu’à 24 000 chevaux et mulets pour leurs actions outre-mer. Le cheval réussissait souvent, là où ne passait pas le véhicule motorisé! Toutefois, il arrivait que les chevaux soient victimes de blessures et de maladies. Dans son organisation, le Corps vétérinaire comptait des sections mobiles, pouvant se rapprocher davantage des unités combattantes pour y soigner les chevaux, des hôpitaux pour chevaux, des dépôts de remonte avancés et des dépôts de provisions de base spécialisés.
D’autres services de soutien logistiques jouèrent également un rôle crucial dans leur appui au soldat. Le Corps postal, par exemple, contribua au maintien du moral des soldats au front, à l’arrière et aussi en convalescence dans les hôpitaux. Les aumôniers militaires, constituant le plus petit groupe de soutien organisé, offrirent les services religieux aux soldats canadiens de différentes confessions en plus d’offrir un soutien moral lors des moments difficiles. Enfin, en dépit des opérations de blocus sous-marins de l’ennemi, le Corps forestier canadien permit à la Grande-Bretagne, à la France et au Corps expéditionnaire canadien d’obtenir les stocks de bois requis pour mener les opérations militaires.
Des milliers d’hommes œuvrèrent au sein de ces organisations. Le Corps de l’Intendance, par exemple, a compté plus de 17 000 officiers et militaires au sein de son organisation. Même si ces unités n’étaient pas des corps combattants, plusieurs d’entre-elles, notamment l’Intendance, furent de toutes les actions. 104 membres de ce Corps furent tués et 363 furent blessés.
Repères bibliographiques
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Davies, W.J.K. Light Railways of the First World War: A History of Tactical Rail Communications on the British Fronts, 1914-18. Newton Abbot, UK: David & Charles, 1967.
French, Cecil. A History of the Canadian Army Veterinary Corps in the Great World War, 1914-1919. C.A.V. Barker and Ian K. Barker, eds. Guelph: Crest Books, 1999.
Jackson, H.M. The 127th Battalion, CEF; 2nd Battalion, Canadian Railway Troops. Montreal: Industrial Shops for the Deaf, 1957?.
Johnston, James Robert. Riding into War: The Memoir of a Horse Transport Driver, 1916-1919. Fredericton: Goose Lane Editions and The New Brunswick Military Heritage Project, 2004.
Love, David W. “A Call to Arms”: The Organization and Administration of Canada’s Military in World War One. Calgary: Bunker To Bunker Books, 1999.
Phelan, Frederick Ross. “Army Supplies in the Forward Area and the Tumpline System: A First World War Canadian Logistical Innovation.” Canadian Military History 9, no 1 (Winter 2000): 31-45 [reprise de l’article publié dans le Canadian Defence Quarterly d’octobre 1928].
To the Thunderer his Arms: The Royal Canadian Ordnance Corps. William F. Rannie, ed. Lincoln, ON: W.F. Rannie, 1984.
Warren, Arnold. Wait for the Waggon: The Story of the Royal Canadian Army Service Corps. Toronto: McClelland and Stewart, 1961.
Note: À ce jour, il n’existe pas d’ouvrage publié en français traitant exclusivement de la logistique militaire canadienne lors de la Première Guerre mondiale.
Images
Ressources éducatives
Monchy-le-Preux
Selon le plan conçu par le général Currie pour la première phase de l'offensive, des attaques simultanées devaient être menées par la division anglaise sur la gauche, par la 3e division canadienne entre la Scarpe et la route de Cambrai, et par la 2e division, sur la droite, qui couvrait jusqu'à la frontière inter-armées, laquelle s'étendait vers l'est depuis Neuville-Vitasse. Ces formations devaient s'emparer d'une ligne nord-sud, jusqu'à l'ouest de Monchy-le-Preux, et en profiter ensuite pour aller aussi loin que possible vers l'est. Pour ce qui est du tir d'appui, le général Currie pouvait faire appel à quatorze brigades d'artillerie de campagne et neuf d'artillerie lourde. Neuf engins de la 3e brigade de chars de combat étaient assignés à chacune des divisions canadiennes, mais, par suite des pertes subies par les blindés à Arniens, on ne devait pas s'en servir en avant de l'infanterie à moins qu'une véritable résistance n'exige d'y recourir. Le lundi 26 août avait été choisi comme jour de l'attaque et l'heure H, qui coïncidait à l'origine avec l'aurore, avait été avancée à 3hrs du matin avec l'espoir de tromper l'ennemi.
L'attaque débuta à l'heure prévue. On dit que le tir de barrage d'ouverture de l'artillerie et des mitrailleuses était admirable. La 2e division, attaquant au sud de la route, avançait bien. Au début, les Allemands, surpris par l'heure hâtive de l'assaut, offraient peu de résistance, de sorte que l'infanterie n'avait pas à demander l'aide des blindés. Tandis que la 6e brigade, sous le commandement du brig.-gén. A. H. Bell, se déployait en flanc défensif à la droite du corps d'armée et nettoyait la région de Neuville-Vitasse, la 4e brigade (brig.-gén. R. Rennis) menant l'attaque principale, traversait rapidement la zone des postes avancés de l'ennemi, rencontrant très peu de résistance. Peu après 6hrs du matin, le 20e bataillon s'emparait de la colline de la Chapelle, à 2 500 verges à l'ouest de Monchy. Pendant ce temps, le jour était venu, ce qui permettait plus facilement aux chars d'appuyer de près l'infanterie. De ce fait, également, l'observation devenait facile pour l'ennemi, des hauteurs environnant Monchy, et son artillerie de campagne mit hors de service un certain nombre de chars. À 7h 30, le 21e bataillon approchait déjà des abords de Guémappe, où il essuyait un feu nourri venant de Monchy, à un mille au nord.
Une modification de la délimitation des zones d'action, à l'avant, entre la Première et la Troisième armées, effectuée vers le milieu de la matinée (afin d'aider en partie la Quatrième armée en exerçant une plus forte pression dans une direction sud-est) eut des répercussions sur le front canadien. La 2e division, qui jusque-là avait attaqué en direction de l'est, reçut l'ordre d'obliquer son axe d'avance vers le sud-est et de s'emparer des hauteurs de l'autre côté de la Cojeul, au sud-est de Wancourt. Le général Burstall confia cette tâche à la 6e brigade, lui assignant comme objectif les ruines de la tour de Wancourt, à 1 200 verges au sud de Guémappe. À 4h 40 de l'après-midi, les 27e et 28e bataillons traversaient la rivière à pied sec pour attaquer la crête, appuyés par un tir de barrage efficace des 5e et 6e brigades de l'artillerie canadienne de campagne, qui s'étaient avancées de Neuville-Vitasse. Les attaquants furent durement frappés lorsqu'ils atteignirent l'élévation qui partait de la vallée de Cojeul. Le sommet de l'arête était abondamment protégé par du fil de fer non coupé et balayé par le feu des mitrailleuses des avant-postes de la ligne Hindenburg, un peu à droite, que la 52e division anglaise, menant une attaque parallèle sur le flanc gauche de la Troisième armée, n'avait pas encore atteints. Les deux bataillons furent forcés de se retrancher, à la tombée du jour, sans avoir atteint leur objectif final; mais tôt, le lendemain matin, grâce à une attaque silencieuse, ils s'emparaient de la tranchée Egret sur la pente extérieure allemande, s'assurant ainsi une bonne ligne de départ pour les opérations du 27.
Entre-temps, sur la gauche du corps d'armée, où la voie d'accès de la 3e division était dominée par la colline Orange, qui s'élevait à soixante pieds au-dessus de la campagne environnante, le général Lipsett avait conçu le plan de contourner la position, en attaquant le long de la rive sud de la Scarpe. La 8e brigade (brig.-gén. D. C. Draper), utilisant pour l'attaque trois bataillons des Canadian Mounted Rifles, rencontrait de la part des Allemands une opposition moins forte qu'elle n'avait espéré. Le 4e bataillon du CMR, avançant le long de la rivière, prenait en flanc la colline Orange. Il était suivi par le 2e bataillon du CMR qui, virant nettement vers la droite, s'emparait de la colline du côté nord. Alors le 1er et le 5e bataillons du CMR passaient à gauche et à droite, respectivement, pour attaquer Monchy par le nord et par l'ouest; à 7h 40, le village tombait aux mains des Canadiens. Peu après, la 7e brigade (brig.-gén. H. M. Dyer) s'élançait en avant pour attaquer, avec le Royal Canadian Regiment et le PPCLI, un certain nombre de terrains boisés détenus par l'ennemi à l'est de Monchy. La modification de l'axe de la 2e division avait entraîné la retraite de la 4e brigade au sud de la route d'Arras-Cambrai. À titre de mesure provisoire, on envoyait deux batteries de mitrailleurs de la Force indépendante canadienne du général Brutinel le long de la route pour combler le vide. L'ancien front du 20e bataillon fut alors confié au 42e bataillon, qui chassa l'ennemi de ses tranchées bien protégées par le barbelé, au sud de Monchy.
Au nord de la Scarpe, la 51e division des Highlands avait suivi l'avance avec peu de difficulté, progressant toujours pour s'emparer de l'usine de produits chimiques au nord de Roeux afin de lancer des patrouilles du côté ouest de Gavrelle. A la tombée du jour, la ligne canadienne s'étendait profondément à l'intérieur du réseau de tranchées de l'ancien front allemand, depuis l'ouest de Pelves, sur la rive sud de la rivière, passant à mille verges à l'est de Monchy-le-Preux, pour inclure Guémappe et la tour de Wancourt. De puissantes contre-attaques furent lancées à partir du bois du Vert et du bois Jigsaw que l'ennemi tenait comme avant-postes de sa ligne Fresnes-Rouvroy. Ces attaques venaient de deux régiments de la 35e division allemande qui avançaient de la ligne Drocourt-Quéant avec l'ordre de reprendre Monchy. L'effort allemand fut réduit à néant, mais il avait réussi à empêcher toute autre avance des Canadiens le 26.
Adapté et utilisé avec la permission de Nicholson, G. W. L., Le corps expéditionnaire Canadien 1914-1919, Ottawa, R. Duhamel, Imprimeur de la Reine, 1963, p.391-393.













